® Christian Pendelio
Si vous passez par Auray, ne manquez pas d'aller visiter son atelier.
"La porte n'était pas fermée. Grand-mère fermait rarement les portes.— La vie est notre seul bien précieux et personne n'arrêtera son voleur."
"— Docteur ? fait-elle d'une petite voix.
Aucune réponse. Il est parti !
Darius saute à terre, s'étire, puis fait quelques pas en direction de la porte. D'un bref mouvement de la tête, il invite sa maîtresse à le suivre. Le rayon de soleil qui entre par la fenêtre montre que l'après-midi est bien avancé. Tina rejoint son chat qui miaule deux fois. Elle lui ouvre et il la conduit jusqu'à la salle d'attente. Vide, elle aussi.
— Papa ? Maman ? appelle Tina en vain.
Il n'y a plus personne. C'est une histoire de fous !
Darius s'élance alors dans le couloir. Le cœur battant, Tina s'empresse de l'imiter. Pas question de le perdre ! Ensemble, ils dévalent les escaliers, Tina pousse la porte de l'immeuble et ils se retrouvent dans la rue. Une surprise encore plus grande les y attend."
Une Porte sur demain, éd. Syros, collection "Mini Soon", p. 28-29
"Quand on vit à côté d'une porte fermée, comment s'empêcher d'imaginer ce qu'il y a derrière ? Je n'aimais pas cet appartement. Je le trouvais moche, triste, vieillot. Finalement, son seul intérêt, c'était cette porte fermée. Tu te souviens de Barbe-Bleue, Rudy ? Une pièce interdite, dans une maison, on finit par ne plus penser qu'à ça. À force de passer devant tous les jours, on sent grandir l'envie de savoir. L'envie de passer de l'autre côté, de franchir la limite. Bientôt, cette envie devient un besoin. On se dit que oui, décidément, il faut qu'on sache. Pourtant, curieusement, ce besoin est contrebalancé par une envie opposée : celle de ne pas savoir. Car savoir, c'est être déçu. Tant qu'on reste du côté autorisé, on peut imaginer. Tout ce qu'on veut. Le sanglant cabinet de Barbe-Bleue comme la caverne d'Ali Baba. Un passage secret. La quatrième dimension. Absolument tout. La porte fermée signifie une infinité de découvertes possibles. Mais une fois qu'on en aura franchi le seuil, on saura. On ne pourra plus jamais imaginer telle ou telle chose. On connaîtra la vérité. Il n'y aura plus de place pour le rêve. La réalité l'aura détrônée. Une seule réalité. Réduisant à néant toutes celles qu'on avait imaginées. Désormais il n'y aura plus qu'elle. On ne pourra même plus jouer à faire comme si."Une Sonate pour Rudy, éditions Syros, collection "Rat Noir", p. 71-72